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Pistolero

Roland Deschain
homme né(e) le 20/02/1983
vit ŕ Trois-Rivières, Canada (Hors France)
Pays: Gilead

Inscription le 27/04/2011 ŕ 11:12

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I Je pensais,il a menti en chaque mot, L'hideux infirme,de son œil qu'il disait voilé par le songe De biais contemplait l'effet de ses mensonges Sur moi,et sa bouche,incapable de masquer les cahots De sa liesse,qui secouait et tordait son corps bot Devant l'agonie de la victime que la mort ronge. II Quel autre dessin eût pu animer ce menteur diabolique? De son bâton dressé tel un attrape-foudre furieux Il leurre,menace, et séduit le curieux Qui demande son chemin. Et ce rire satanique Graverait je n'en dout l'épitaphe véridique Relatant ma venue en ces maudits lieux. III Si fort de ses conseils je devais me détourner De ma route pour m'engager dans le sinistre chemin,où, Comme chacun le sait,se cache la Tour Noire, c'est pourtant sans remous, Et dicuke,que je m'y aventurai. Sans nulle fierté Ni impatience ravivée de jamaiis entrevoir mon but tant convoité Ni même aucune fin-je n'avais pas cet espoir fou. IV Car après avoir silloné le vasre monde,en entier Et cherché en vain toutes ces longues années,qu'étail-il advenu De ma quête,de ma foi déclinantes,ces fantômes abattus, N'eussent pu porter le poids de cet espoir trop vif,plein de témérité Et c'est à peine si je sus rémrimer le bond enchanté Que fit mon cœur,sentant la défaite venue. V Et lorsque le malade approchant du trépas Sent comencer et finir Les larmes de peine,et qu'adieu aux amis il doit dire Il entend l'un supplier l'autre de partir,retenr son souffle las, Plus librement dehos (« puisque tout esr achevé,que la fin est là Et que le coup porté,aucun chagrin ne viendra adoucir ») VI Quand d'aucuns débattent,cherchant si place ils trouveront Entre les tombes moussues,pour celle de ce vaillant Et si pour porter sa dépouille il est jour plus clément Et si,ayant soin des bannières,des écharpes et des tristes chansons L'homme toujours entend tout et une seule soif berce son cœur si bon Celle de ne pas faillir et trahir un amour si tendre,en demeurant. VII Ainsi,depuis si longtemps,j'endurais cette quête insensée Et voyais mon échec chanté dans poèmes et prophéties Tant de fois,parmi la troupe,de ceux qui ont choisit cet exil inouï, Ces chevaliers qui à la Tour adressèrent leurs pas et leurs rêves éthérés Qu'échouer comme eux me paraissait galvaudé Mais certain-car qui pourrait lutter contre ce doute assassin: et sij'étais honni? VIII Et muet comme le désespoir qui m'étreignait,je me détournai De cet odieux estropié,je quittai son chemin Pour porter mes pas dans celui qu'il vantait. Car ce jour sans fin M'avait été bien lugubre,et avant que de voir le soir tomber Et le clore,je souffris le regard écarlate et mauvais Qui ensanglante la plaine,d'un mavabre et malin. IX Qu'on m'entende! À peine m'étais-je promis le cœur loyal À la plaine,au bout d'un pas ou deux Alors que je me retournai pour lancer un regard d'adieu Sur la route bien sûre qui m'avait mené en ce songe sans égal Elle avait disparu;plus rien d'autre que les plaines griss et étales À perte de vue:je ne pus que poursuivre,car quoi faire en ces lieux? X Aussi je marchai. Je ne crois pas avoir jamais entrevu de mes yeux Nature plus affamée et ignoble ,rien n' y prospérait guère Pas une fleur-comment rêver d'une cédrière! Tandis que l'euphorbe et la chienlit,comme la loi le veut Se propageaient à l'envi,si bien qu'au cœur ainsi un peu De bardane égarée eût été une heureuse surprise,et bien légère XI Point! Pénurie,langueur et grimace, Bien étrange était le lot de cette affreuse terre. « Vois ou femre les yeux »,disait Mère Nature,de son air Maussade: « Rien ne veut fleurir,je ne puis même saiver la face: C'est le Jugement Dernier qui de ses flammes lavera cette place Qui en calcinera les mottes de mes prisonniers rompra les fers. » XII Et si un chardon tout éplumé poussait là par hasard, Se dressant au-dessus du lot,c'était décapité, car l'agrostide était jalouse ici. Qui avait creusé ces trous et ces crevasses dans les orties Et les feuilles bistrées et rêches de la patience,qui avait tout réduit en friche chaotique,tuant tout espoir De verdure? Une brute,à n'en point douter,à l'âme noire Soufflant toute vie comme une chandelle, telle une bête sans merci. XIII Quant à l'herbe,elle poussait il est vrai aussi maigre que son pelage Frappé de lèpre;des brins épars perçaient la boue Qui paraissait pétrie de sang par-dessous Une rosse aveugle,dont chaqe os saillait comme après le carnage Se tenait en stupeur,frappée par un mirage, Chassée du haras du Diable même à grand renfort de coups! XIV Vivant? L'anial à mes yeux pouvait avoir péri sans un pleur Décharné,la carcasse saignant,et d'un spectre ayant l'air Il gardait les yeux clos sous une immonde crinière Alliance incongrue du ridicule et de pareille douleur Jamais je ne vis brute auss digne d'être frappée de malheur Il fallait bien qu'il fût maléfique pour mériter tel salaire. XV Je fermai les yeux et les ouvris sur mon cœur Comme un homme commandant le vin avant d'aller guerroyer J'appelai de mes vœux une rasade de visions plus heureuse du passé Afin de retrouver l'espoir de jouer mon rôle en vainqueur. Penser d'abord,et puis combattre tout l'art du soldat,sa valeur, Car le goût furtif des temps anciens guérit de tout,vrai! XVI Pas cela! Je ne pus détacher mon regard incertain De la face rougie de Cuthbert,sous les boucles d'or Cher compagnon,qui jadis fâché dans un ultime effort, Glissa,je le sentis,son beau bras sous le mien Car ainsi il était,tout sourrire,même quand périt le Bien Et avec lui mon cœur à peine éveillé,dans le souffle du cor. XVII Et donc,l'âme de l'honneur-le voici debout là,si beau Aussi franc que dix ans plus tôt,alors jeune chevalier, Qu'un hommer loyal vînt le défier (dit-il) il saurait l'affronter Dans les bonnes règles -mais voilà que glisse la scène- pouah! Quel bourreau A cloué sur son sein un vil parchemin? Et ses propres compa- gnons de fourreau De le lire. Pauvre traître,jouet des crachats et des quolibets! XVIII Plutôt ce présent qu'un passé qui s'offre tel: Me voilà de retour sur ma route assombrie! Aucun son,nulle vision aussi loin que l'œil s'enquît, Un hibou ou une chauve-souris,la nuit m'enverra-t-elle? Implorais-je;quand soudain sur la terre plane et lugubre une image nouvelle Arrêta mes pensées et le cours j'en perdis. XIX En travers de ma route,soudain,une rivière, Tel le serpent surgit par surprise Mais point de marrée paresseuse et douce,dans les ténèbres grises. Celle-là écumait et eût pu satisfaire Le démon venu y baigner son sabot rougeoyant-à voir l'ardente colère, Des ses remours noirs éclaboussés d'écaillures et de mousse,où l'on s'enlise. XX Si insignifiante,et pourtant si venimeuse,sur ses berges austères De bas aulnes rabougris venaient s'agenouiller près de l'eau agitée Et saules détrempés les jetant tête baissée En n mouvement de muet désespoir,foule suicidaire: Et le courant qui les torturait ainsi, nullement ému par leur calvaire Suivait sa route,pas un instant perturbé. XXI Et tandis que je passais à gué-par tous les saints, comme jecraignais De poser pied sur la joue de quelque cadavre ou moribond À chaque pas,ou de sentir la lance de laquelle je sondais les fonds Prévenant les écueils,prisonier de sa chevelure ou de sa barbe serrée Un rat d'eau sns doute,que de mon bâton je réveillai Mais Die! Combien son cri rappelait le hurlement d'un nourrisson. XXII Et je fus trop heureux de gagner la berge opposée Le pays parraissait plus clément. Vain présage! Qui étaient les combattants,quelle guerre menaient-ils, quel en était le visage Quel piétinement sauvage était venu écraser le sol détrempé En un frais clapotis?Crapauds en leur cuve empoisonnée Ou chats sauvages dans ler rougeoyante cage- XXIII Ainsi paraissaient les traces d'un antique combat en ce décor sauvage Qui les confiniat là,quand toute la plaine s'offrait à eux? Nulle trace de pas ne menait à ce miaulement vénéneux Aucune ne s'en éloignait. Immonde saumure à l'ouvrage Leur cerveau,nul doute, comme le Turc son galérien, qu'il a fait esclave Appelle son divertissement,Chrétiens contre Juifs, en un combat odieux. XXIV Et plus que cela-à un furlong-si près,juste là,vraiment! À quel funeste usage ce moteur,cette roue étaient-ils réservés? Ou plutôt ce frein-cett herse faite pour tourner, Pour rouler et filer les cadavres comme la soie, avec l'air insouciant De l'outil du Tophet,laissé sur terre comme par égarement Ou pour affûter ces dents rouillées d'acier. XXV Puis apparut une lande piétinée,jadis un bois étrange, Puis marécage semblait-il,et enfin simple terre désolée Et stérile (l'idiot y trouvera une raison de se gausser À créer une chose,puis à la gâter, jusqu'à ce que d'humeur il change Et le voilà reparti!);en un quart d'arpent,sombre mélange De marais,d'argile et de décombres, et de désolation amère et dépeuplée. XXVI D'imprudentes taches,d'un gris sinistre colorées Des aplats où le sol ras,maigre pitance Laissait place à la mousse,pareille à des furoncles, abjectes substances Puis surgit un chêne paralysé,en son sein une profonde fissure creusée Telle une bouche distordue,fendue,déchirée Suffoquant,aspirant la mort,et mourant dans une ultime transe. XXVII Et toujours aussi loin de la fin! Rien d'autre à l'horizon que le crépuscule, rien qui vienne l'œil rassurer Ou le pas guider! À cette pensée, Je vis un grand corbeau,ami du cœur d'Apollyon, l'ange de l'abîme sans fin Passer au-dessus de moi,son aile vaste de dragon dans son vol hautain M'effleura le chef-peut-être cherchais-je à me faire inviter. XXVIII Car levant lesyeux,malgré moi,je pus voir,je le pus! En dépit des ténébres,que la plaine avait cédé la place Alentour aux montagnes-les appeler ainsi est trop de grâce Ces hauteurs bien laides,vagues bosses vite dérobées à ma vue. Pourtant combien elle m'avait surpris- allez résoudre ce mystère ardu! Comment m'en échapper,pas d'indice,comment faire face? XXIX Pourtant je crus reconnaître quelque ruse à demi Quelque malice déjà survenue,Dieu seul savait quand -En cauchemar peut-être. Cette malice prit fin, et tout en la voyant S'éloigner,je poursuivis ma route,mais bien près de céder au renoncement et à l'oubli Je fus une fois encore éveillé de cet insidieux ennui Comme lorsque au bruit d'une trappe qui claque-vous vous savez piégé,non plus dehors,mais dedans. XXX Tout m'assaillit à la fois en un embrasement mémorable C'était bien là ce lieu! Ces deux ollines sur la droite couchées, Accroupies tels deux taureaux,cornes soudées en leur joute acharnée Tandis qu'à gauche une haute montagne rasée... je me trouvai pitoyable Cancre,abasourdi,pétrifié par l'instant inestimable Après toute une vie passée à esquisser cette vision,dans mon œil entraîné! XXXI Et au centre, quoi d'autre que la Tour unique? Tourelle ronde et trapue,aussi aveugle que le coeur de l'idiot ahuri, Bâton de pierre brune,et sans jumelle dressée à côté, seule surgie, Seule au monde de son espèce. Ainsi l'elfe moqueur de la tempête fatidique Désigne au capitaine l'obstacle invisible,l'éceuil dramatique Sur lequel il viendra déchirer son navire, au premier soubresaut ressenti. XXXII Nulle vision telle? À cause de la nuit, peut-être? -pourtant le jour reparut J'attendis la lumière! Avant que de la voir pâlir,fugace Le crépuscule mourant vint rougeoyer à travers une crevasse: Les collines,tels des géants assistant à la chasse,bien repus Le menton dans la paume,observaient le gibier aux abois,perdu « Que d'un coup de dague on achève la bête!Droit au cœur, qu'on la terrasse! » XXXIII Aucun son?Quand le bruit était partout! Et j'entendis Le carillon croître à mon oreille. Ces noms à mon oreille tendue Ceux d'aventuriers perdus, Mes pairs-celui-ci était si fort,celui-là si hardi, Et l'autre si chanceux,et tous,vieux amis enfuis Perdus,perdus! Un instant sonna le glas de malheur et dans ans déchus. XXXIV Tous,debout là,alignés le long des collines réunis, Pour me voir avant le grand départ,cadre vivant et plein d'espoir D'un ultime tableau!Sur une feuille en flammes dans le soir Je les vis,tous je les reconnus. Et c'est alors qu'en un geste infini Intrépide je portai à mes lèvres mon cor béni Et sonnai. « Le Chevalier Roland s'en vint à la Tour Noire »
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